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    "En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant" Nelson Rolihlahla Mandela (prononcé en xhosa [xoˈliːɬaɬa manˈdeːla]), dont le nom du clan tribal est « Madiba », né le 18 juillet 19181 à Mvezo2 (Union d'Afrique du Sud) et mort le 5 décembre 2013 à Johannesburg3, est un homme d'État sud-africain ; il a été l'un des dirigeants historiques de la lutte contre le système politique de ségrégation raciale (apartheid) avant de devenir président de la République d'Afrique du Sud de 1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays. Read More
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Résistance Africaine: Nouvelles

Sur le panafricanisme

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par Mireille Fanon-Mendes-France

L’Afrique, berceau de l’humanité, a abordé le cinquantenaire des indépendances en marge de la marche du monde, en acteur périphérique, victime des convoitises et des jeux d’intérêt des puissances qui œuvrent à l’aliénation de sa conscience, et de ses classes dirigeantes. Martyre de la Traite négrière et de la colonisation, avec ses sociétés déstructurées en mutation, elle n’arrive toujours pas à se remettre.

 Addis Abeba - Union africaine (17-19 mai 2013) : Being Pan-African (1)

A la lecture de Frantz Fanon, quel avenir pour le panafricanisme ? (2)

Parler du panafricanisme, un peu plus de 53 ans après les indépendances, nécessite d’interroger ce concept dans un contexte de recolonisation du monde imposée au prétexte de lutter contre le terrorisme avec des ennemis fabriqués aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. De quel panafricanisme s’agit-il ? S’agit-il du rêve de Du Bois devant incarner un projet de rupture et de libération des peuples noirs de la diaspora de la férule des régimes ségrégationnistes d’Amérique ou du projet porté par Cheikh Anta Diop, N’Krumah, Cabral, Sankara et en partie par Frantz Fanon et par bien d’autres militants de la libération africaine et qui visait à la libération des peuples d’Afrique noire du joug du colonialisme ?

Le panafricanisme a toujours été associé à la lutte pour l’émancipation des peuples d’Afrique. Il s’agissait, dans l’un et l’autre cas, d’énoncer une rupture avec l’ordre établi dominant.

Il y a certainement des points communs entre les constituants du rêve formalisé par Marcus Garvey et les éléments fédérateurs du projet de libération issu des luttes menées contre la colonisation et passant par la conférence de Bandung d’avril 1955. C’est bien dans ce contexte – entre autres, la lutte d’indépendance du peuple chinois, la révolution de 1949 et la lutte d’indépendance de l’Inde débouchant sur l’expulsion de l’empire colonial anglais - que sont intervenus des changements qui ont eu des conséquences politico-idéologiques sur la lutte de libération nationale de conquête de l’indépendance.

Les peuples jusque-là ignorés et dépossédés de tout droit, considérés comme assujettis à la métropole, sous l’idée forte du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, se sont rebellés contre le statut quo imposé par la violence de la domination coloniale des Etats européens et ont réfléchi à des modèles alternatifs qui se sont, entre autres matérialisés lors de la révolution bolivienne en 1952 et de la révolution anti-impérialiste au Guatemala en 1954…

Cette conférence fut l’occasion de revendiquer une appartenance à un Tiers-monde neutraliste, à égale distance des Etats-Unis et de l’Urss. L’axe de l’action de ces pays était articulé autour du rassemblement des pays pauvres, de la lutte contre le colonialisme et contre la ségrégation raciale.

La déclaration en faveur du développement, de la paix et de la coopération internationales adoptée à l’issue de la conférence reflète l’état d’esprit de peuples et marque l’irruption, tout à fait inattendue, de nouveaux acteurs exclus du partage du pouvoir dans la société internationale de l’après-guerre. En déclarant que le colonialisme, sous toutes ses formes, est la négation des droits humains et un obstacle pour le développement et la paix, cette déclaration constituait un cri de bataille qui a légitimé et légalisé le droit des peuples - soumis à l’occupation étrangère - à disposer d’eux-mêmes.

Le droit à l’autodétermination, règle de droit international largement reconnue, autorise les peuples à opter pour la structure politique de leur choix et pour leur indépendance. Droit (3) consacré par la Charte des Nations unies et proclamé par l’Onu comme étant le droit de tout peuple à se soustraire à la domination coloniale (4), ce droit (5) est avant tout la garantie d’une société pluraliste et démocratique, selon la formulation contenue dans la revendication en faveur d’un nouvel ordre économique international de 1974.

Pour mémoire, rappelons que la Conférence proclame entre autres, le respect des droits humains fondamentaux en conformité avec les buts et les principes de la Charte des Nations unies ; le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de toutes les Nations ; la reconnaissance de l’égalité « de toutes les races » et de l’égalité de toutes les Nations, petites et grandes ; la non-intervention et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays ; le respect du droit de chaque nation de se défendre individuellement ou collectivement conformément à la Charte des Nations unies ; le refus de recourir à des arrangements de défense collective destinés à servir les intérêts particuliers des grandes puissances quelles qu’elles soient ; le refus par une puissance quelle qu’elle soit d’exercer une pression sur d’autres ; l’abstention d’actes ou de menaces d’agression ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un pays.

C’est dans ce contexte que, après l’accession de la plupart des pays africains à l’indépendance en 1960, de nombreux dirigeants africains ont déclaré que le nouvel objectif était d’entamer la seconde étape de la lutte de libération des peuples du continent du joug du colonialisme qui devait se matérialiser par la conquête d’une indépendance économique vis-à-vis des anciennes puissances coloniales dont dépendaient pratiquement la totalité des États. C’est aussi dans ce même contexte que s’est inscrit Frantz Fanon, acquis à la lutte contre le colonialisme par sa propre expérience aussi bien durant les premières années de sa vie en Martinique que pendant son enrôlement volontaire dans l’armée française, ses années universitaires et son travail de psychiatre à l’hôpital de Blida où, dès son arrivée, il s’est trouvé confronté à l’école psychiatrique d’Alger qui classait les Arabes algériens en « primitifs », affirmant que leur développement cérébral était « arriéré ». Il découvrit alors l’expression crue de la hiérarchie des races et d’une ségrégation violente, comparable à celle de l’apartheid.

Fanon, qu’il s’agisse de la folie, du racisme, de la décolonisation ou de l’"universalisme" confisqué par les dominants, n’a cessé, au fond, de tenter de poser "un agir ensemble, égaux et différents", à la manière d’une transformation en actes des situations où dominés et dominants ont, chacun, tout à perdre de la pérennisation des ordres et désordres existants.

C’est peut-être pour cette raison qu’il a, à partir du combat mené pour la libération de l’Algérie, réfléchi sur ce que devait affronter l’Afrique pour se libérer, dont « la mise à mort du système colonial, depuis la prééminence de la langue de l’oppresseur et la « départementalisation » jusqu’à l’union douanière qui maintient en réalité l’ancien colonisé dans les mailles de la culture, de la mode et des images du colonialiste » et non une pseudo indépendance où les ministres à responsabilité limitée voisinent avec une économie dominée par le pacte colonial ». (Pour la révolution africaine pages 790-791 Œuvres, La Découverte, 2011)

L’objectif assigné était de populariser la lutte du peuple algérien par la consolidation d’alliances avec les peuples d’Afrique et la mise en pratique de l’internationalisme qui devait caractériser sa vision des luttes émancipatrices. Dès lors, son engagement pour la décolonisation se devait non seulement de changer l’ordre du monde mais devait, à la fois, « être un programme de désordre absolu » et « une remise en question intégrale de la situation coloniale ». (Les damnés de la terre, page 452, in Œuvres La Découverte, 2011)

Ce désordre absolu, cette remise en question intégrale s’inscrivent-ils dans ce qu’a porté, après les indépendances, le panafricanisme dans la construction d’une Afrique unie et indépendante ?

Plusieurs raisons ont porté un coup fatal à ce projet : d’une part, les peuples libérés de l’emprise coloniale n’ont pas travaillé à la promotion d’élites productives, dotées d’une conscience politique et animées par le sens de l’intérêt général. Fanon avait anticipé ce risque, particulièrement analysé dans le chapitre 3 des « Damnés de la terre » : mésaventure de la conscience nationale dans lequel il développe l’idée que si les pays nouvellement indépendants n’arrivent pas à former leurs élites, triompherait alors une culture d’affairistes qui ne seraient que la caricature de leurs mentors occidentaux, dans leur comportement et leurs modes de consommation. Les mouvements de libération se transformeraient en parti unique, « la forme moderne de la dictature bourgeoise, sans masque, sans fard, sans scrupule et cynique ». (Les damnés de la terre, page 452, in Œuvres La Découverte, 2011)

En l’absence de perspectives réellement nationales, la voie des « dictatures tribales » serait ouverte : en jouant sur les découpages territoriaux pensés pour empoisonner durablement les relations entre Etats naissants, sur des séparations ethniques entretenues sinon délibérément créées et « héritées » du colonialisme, c’est bien, en partie, ce qui s’est passé et qui a empêché la formation d’Etats dignes de ce nom au service de leurs populations. Pour Fanon, les nouveaux pouvoirs, portés par les maîtres d’hier, finiraient par provoquer le délitement des nouveaux États.

D’autre part, la mise en œuvre des plans d’ajustement structurel au début des années 1980 est venue contrarier, voire éloigner pour longtemps, ce rêve d’indépendance économique et de développement ; ces plans d’ajustement ont ouvert la voie à une reprise en mains économique et politique des États par les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale et leur a fait perdre le droit à l’autodétermination.

Aujourd’hui, les dirigeants africains sont peu nombreux à prôner la lutte pour l’indépendance économique et l’affirmation de la souveraineté de leurs pays. La soumission aux institutions financières internationales, et donc aux anciennes puissances coloniales, semble faire consensus, même s’il est vrai que quelques initiatives, telles que le Plan d’action de Lagos et le Nepad -construction bureaucratique qui est la démonstration éloquente que des systèmes non représentatifs ne peuvent stimuler des dynamiques réelles malgré les proclamations grandiloquentes et des portefeuilles de projets sans lendemains -, sont venus, un temps, entretenir l’illusion d’une volonté de rupture.

On peut même se rappeler du lancement de l’Union africaine par le sommet des chefs d’État, réunis à Lusaka en Zambie en 2001 ; ce fut le moment où des dirigeants africains semblaient vouloir aller de l’avant dans la réalisation de l’unité politique et économique pour laquelle des générations d’Africains se sont battues depuis au moins la fin de la 2ème guerre mondiale.

Le projet panafricaniste des indépendances est resté inachevé. Même s’il est vrai que le continent, dans son ensemble, est aujourd’hui débarrassé du colonialisme dans sa forme directe, nul ne conteste que l’indépendance des pays africains demeure toujours théorique. Les peuples se sont libérés mais ne sont toujours pas émancipés du joug colonial et sont face aujourd’hui à une recolonisation qui passe aussi bien par des aides au développement bien en deçà des décisions internationales, que par l’imposition d’un modèle démocratique fondé sur l’idée qu’il n’y a qu’un modèle unique de civilisation, des accords bilatéraux le plus souvent scélérats, des interventions militaires au prétexte d’intérêts particuliers et non pour le devenir de l’Afrique…on pourrait citer à l’envi les exemples montrant le néocolonialisme toujours en action et la recolonisation de nombre de pays africains.

Ainsi, l’Afrique, berceau de l’humanité, a abordé le cinquantenaire des indépendances en marge de la marche du monde, en acteur périphérique, victime des convoitises et des jeux d’intérêt des puissances qui œuvrent à l’aliénation de sa conscience, et de ses classes dirigeantes. Martyre de la Traite négrière et de la colonisation, avec ses sociétés déstructurées en mutation, l’Afrique n’arrive toujours pas à se remettre.

Cinquante deux ans après la mort de Fanon, l’Afrique devrait comprendre « qu’il ne lui est plus possible d’avancer par régions, que, comme un grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité, qu’il n’y aura pas une Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre qui tente de s’arranger avec le colonialisme ». (Pour la révolution africaine, pages 872/873, in Œuvres La Découverte, 2011)

Cette réflexion faite après l’assassinat de Patrice Lumumba, revêt aujourd’hui une pertinence particulière avec la guerre menée par la France au Mali mais fait aussi sens avec l’intervention de l’Otan guidée par la France en Libye, le rôle de la Force Licorne en Côte d’Ivoire... Pourquoi l’Afrique n’a-t-elle pu « avancer en totalité » et décider que soit appliqué l’article 264 de la Charte des Nations unies et de reprendre à son compte des points de la Déclaration de Bandung, à savoir le refus de recourir à des arrangements de défense collective destinés à servir les intérêts particuliers des grandes puissances quelles qu’elles soient ; le refus par une puissance quelle qu’elle soit d’exercer une pression sur d’autres ? Pourquoi depuis l’assassinat de Lumumba, l’Afrique - mais aussi certains pays anciennement colonisés - n’a-t-elle pas compris que « l’Onu n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, (…) chaque fois qu’elle est intervenue c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur » (Pour la révolution africaine, page 875, in Œuvres La Découverte, 2011)

Fanon, après l’intervention de l’Onu au Congo, signalait que si « une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément l’amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat ». Pourquoi ne pas continuer à ne pas voir les conséquences de l’intervention de l’Onu au Congo ? Pourquoi avoir accepté d’être « neutralisés, ce qui permet sans doute aux autres de travailler » ? Et n’est-ce pas ce que sont en train de faire les Français et les Américains en oeuvrant pour une militarisation du continent africain avec l’installation de bases Africom.

Avec l’intervention militaire, au départ française, il s’agit de profiter de la déliquescence d’Etats sous domination continue depuis les indépendances pour réintroduire directement une présence militaire camouflée derrière des armées locales. Le Mali est devenu, dans ce jeu géostratégique, otage d’une volonté des Etats impérialistes et de leurs soutiens de porter partout la guerre sans fin de façon à interdire la progression d’une puissance adverse et, dans le même mouvement, d’éradiquer toute volonté des peuples à résister à l’ordre ultralibéral mondialisé construit sur la financiarisation et la militarisation. Les Etats-Unis démontrent leur sens de l’opportunisme en répondant à l’appel à l’aide de son allié français désormais incapable, à lui seul, de gérer son pré carré africain. La présence américaine dans le Sahel permet de contrôler directement l’accès à des ressources essentielles, l’uranium notamment, et de conférer une profondeur stratégique à leur action sur le continent et au Moyen-Orient.

Cette intervention, dénoncée en termes durs par Thabo Mbeki, lors de la réunion Africités à Dakar («Il y a une relation illicite entre l’Afrique et ses anciens maîtres coloniaux »), montre que le continent n’a jamais entamé la rupture nécessaire avec les anciens colonisateurs qui n’ont cessé d’obtenir de nombreux Etats leur renoncement de leur droit à l’autodétermination, comprenant le droit à leur souveraineté, le droit de choisir librement leur système de représentation politique et le droit sur leurs ressources naturelles, alors que l’Assemblée générale de l’Onu, dans sa Résolution 1803, a proclamé la souveraineté permanente sur les ressources naturelles. Se trouvent ainsi oubliés la proclamation d’un nouvel ordre économique international et le droit au développement économique en tant que modèle alternatif de développement économique, social et culturel.

Face à ce système, qui détruit l’Afrique et depuis le début de la crise économique et financière bien d’autres pays, l’Afrique doit faire entendre sa voix même si c’est celle de la rupture, son attachement fondamental à son droit à disposer d’elle-même, son droit au développement, son droit à la paix et à la sécurité internationales Mais n’était-ce pas ce que demandaient, dans une Charte rédigée par Modibo Keita et Sylvanus Olympio, certains chefs d’État et de gouvernement africains réunis à Addis-Abeba le 25 mai 1963 car ils étaient « convaincus que les peuples ont le droit inaliénable de déterminer leur propre destin ; conscients du fait que la liberté, l’égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels à la réalisation des aspirations légitimes des peuples africains ; Sachant que notre devoir est de mettre les ressources naturelles et humaines de notre continent au service du progrès général de nos peuples dans tous les domaines de l’activité humaine(…) ».

L’Afrique d’aujourd’hui doit faire entendre son refus de la menace d’une guerre permanente et de cet ordre qui l’exploite et l’exclut du partage du pouvoir et des richesses, de voir ses terres accaparées au profit de pays capitalistes. N’était-ce pas d’ailleurs ce que déplorait en son temps Patrice Lumumba, lors de la cérémonie de l’Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960 ?
"Textes et Documents", n° 123, Ministère des Affaires Étrangères, Bruxelles

« Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort (…) ». L’Afrique, dans ce contexte précis de crise mondiale et de guerre permanente installée par les anciens colonisateurs, « doit refuser de voir les Africains compromis par ses ennemis ». (Pour la révolution africaine, page 874. in Œuvres La Découverte, 2011)

Il est possible de voir à travers les réflexions de Frantz Fanon ce qui pourrait être envisagé pour sortir l’Afrique de la grande nuit – expression empruntée à Achille Mbembé - et pour que le panafricanisme ne soit pas qu’un des mythes fondateurs du mouvement de la décolonisation. Un mythe autrefois actif mais qui risque aujourd’hui d’être rangé dans le placard des illusions défuntes d’une époque à jamais révolue.

Pourtant, il n’est pas un lieu de rencontre politique sur le continent où ce thème ne soit abordé ou au moins évoqué. Le panafricanisme, plus qu’une espérance, reste un objectif actuel pour les jeunes générations à travers le continent. Les insurrections démocratiques et sociales au nord du continent montrent que l’Histoire est en marche et que la libération réelle est plus qu’un espoir.

L’idéal panafricain est celui de la convergence de peuples libres sur un continent libre, sa mise en œuvre est déterminée par l’expression démocratique et sociale des Africains et par la volonté politique d’affronter ensemble les défis collectifs. La construction d’un ensemble viable efficacement tourné vers les besoins des populations est conditionnée par l’émergence d’élites politiques nouvelles, représentatives et librement choisies par les peuples. Ces élites renouvelées porteuses de l’éthique de la conviction des pionniers de la libération de l’Afrique existent à travers le continent et émergeront tôt ou tard.

Mais le renouveau du panafricanisme ne peut se penser indépendamment du contexte global caractérisé par une double crise emboîtée, d’une part celle du néolibéralisme en tant que phase de la mondialisation capitaliste, d’autre part, celle du système capitaliste lui-même qui s’élargit à une crise de civilisation, et particulièrement celle de la civilisation occidentale. N’est-il pas temps de favoriser l’émergence d’un panafricanisme basé sur des valeurs politiques, économiques et sociales ?

Ce qui est intéressant et constitue une opportunité qui peut-être ne se représentera pas, c’est que cette double crise rencontre directement le mouvement historique de la décolonisation ; ainsi la crise du néolibéralisme met en évidence les limites de la première phase de la décolonisation, celle des luttes de libération nationale et des indépendances, confrontée à l’offensive des anciens empires coloniaux regroupés dans le G8 et la crise du capitalisme renvoie au temps long de la colonisation et à la nature de l’universalisme occidental mais ouvre la voie à la seconde phase des indépendances.

Une des conditions du renouveau du panafricanisme réside entre autres dans la compréhension que les programmes de coopération solidaire et de développement commun ne sont pas d’ordre technique mais résident dans l’engagement politique de dirigeants réellement représentatifs ancrés dans la réalité de leurs populations, et soucieux des intérêts de ces dernières. L’ampleur des défis, qu’il s’agisse du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du développement ou de la paix et de la sécurité pour l’ensemble du continent, impose une coopération étroite et active entre toutes les composantes du continent. A ce seul titre, le panafricanisme est une nécessité et il ne sera plus un mythe.

Le panafricanisme du XXIe devrait s’interroger sur les héritages des dysfonctionnements post coloniaux, dont les découpages territoriaux au regard du legs laissé par les pères de la libération ; changer le paradigme à travers lequel l’Occident appréhende le continent africain et sa diaspora ; élaborer ses propres enjeux économiques, financiers et sociaux dans le contexte de l’imposition, par la force, d’un nouvel ordre mondial ; réfléchir à des bonnes règles de fonctionnement en tant que concertation intra et interétatique.

La construction d’une Afrique unie, décidant et instaurant une coopération internationale autrement gérée, autrement subie et autrement vécue, reste un objectif prioritaire et ne peut se réaliser sans l’apport de la diaspora, fort heureusement déclarée sixième Région de l’Afrique depuis 2007. Cette rencontre entre la diaspora et le continent Afrique est encore à construire et doit s’inscrire comme un des éléments pouvant renforcer l’émergence du panafricanisme du XXIe siècle. Cette construction ne peut aussi se penser sans une rencontre sud-sud, ainsi que Chavez (6) l’a précisé, « au-delà des discours formels, dans une même volonté d’unité, (…) donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui (…) permettront de faire sortir les peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme et le capitalisme néo-libéral du XXe les a jetés ».

Le panafricanisme fait sens, l’émancipation reste à venir et est toujours l’objectif premier des générations qui arrivent aujourd’hui à l’âge de la maturité politique.

Je conclurai en citant Frantz Fanon : « Notre tort à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Il est de fait qu’en Afrique, aujourd’hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d’une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d’indépendance véritable ne change rien à la réalité. (…) Les impérialistes eux aussi ont peur. Et ils ont raison. Les impérialistes vont marquer un temps d’arrêt. Ils vont attendre que l’ »émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver (…) l’Afrique ». (Pour la révolution africaine, page 877. in Œuvres La Découverte, 2011)


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** Mireille Fanon Mendes France est présidente de la Fondation Frantz Fanon (source : http://fondationfrantzfanon.com)

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NOTES
(1) An official side event to the AU Special Summit celebrating the 50 years of the OAU ; Institutional Partners : African Union Commission (AUC, HRST), European Union (EU), Government of Ethiopia (Ministry of Foreign Affairs), Institut de recherche pour le développement (IRD), Addis Ababa University (AAU), Department of History and Center for African Studies, Pan-African University (PAU), United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO), Council for the Development of Social Science Research in Africa (Codesria), Open Society Foundation (OSF), Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Institut français (Fonds d’Alembert), Centre français des études éthiopiennes (CFEE), Unité de recherche Migrations et Société (U. Paris 7/U. Nice SA/ Ird, Urmis) ; http://codesria.org/IMG/pdf/Final_S..

(2) Cette intervention rend compte d’échanges qui ont eu lieu lors du séminaire organisé par la Fondation Frantz Fanon – Le panafricanisme est-il un concept encore pertinent dans le contexte de la mondialisation - à Dakar pendant le Forum social mondial, 2011
(3) Ce droit a été postérieurement réaffirmé par les deux pactes de 1966 et largement confirmé par la Cour Internationale de Justice dans l’Affaire du Timor Oriental, dans l’Opinion consultative sur la construction du mur par l’Etat d’Israël et dans l’affaire des activités militaires au Nicaragua où la Cour a implicitement élargi son contenu et l’a clairement mis en rapport avec le principe de la non-intervention et avec le droit des peuples à choisir son propre modèle politique et idéologique.

(4) Résolution 1514 de 1960

(5) Dans ce qui se dégage des deux pactes internationaux de 1966

(6) Lettre de Hugo Chavez aux participants du 3ème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes, Guinée Équatoriale, février 2013

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La nouvelle ruée vers l’Afrique bat son plein

Depuis l’époque coloniale, ceux qui cherchent des matières premières peuvent faire ce qu’ils veulent en Afrique, pratiquement sans entrave. Après la décolonisation, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont affaibli bon nombre d’États en leur imposant des réformes structurelles. Aujourd’hui, toutefois, certains gouvernements africains tentent de résister.

 


 

 

 

 

 

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